Prévisions économiques première partie, la France

Il n’est jamais évident de se lancer dans un exercice de prospective. Qui aurait pu prévoir en 1990 l’éclatement futur de la bulle internet s’agissant des technologies, l’arrivée si forte de la Chine sur le marché mondial – après 15 ans de croissance annuelle à près de 12% ! – sur le plan géostratégique et la montée du terrorisme en matière de risques géopolitiques. Certainement pas grand monde…

C’est donc un exercice extrêmement difficile auquel nous nous livrons avec le plus de prudence et d’humilité possible.

Rappelons que cet essai est la suite logique d’un premier exercice d’évaluation de l’économie française et canadienne, dont les conclusions sont disponibles sur l’article France vs. Canada : le match !

Les spécificités françaises

La France dispose d’un modèle de croissance qui lui est propre. Dans le même temps, elle est – plus que par le passé une nation en forte connexion avec le monde : plus de 30% de sa production est destiné à l’exportation. Participant parallèlement à la construction d’un ensemble européen, elle est amenée à définir et négocier des règles communes avec ses partenaires.

C’est dans cette position assez inconfortable d’indécision que se trouvent aujourd’hui les responsables politiques : doivent-ils résister face à l’interdépendance croissante avec le reste d’un monde globalisé – en espérant convaincre leurs partenaires d’adopter leur modèle – ou enfin accepter de le réformer pour éviter d’être marginalisé ?

Le modèle français date de la fin de la dernière guerre mondiale. L’originalité de ce dernier a permis d’assurer une croissance confortable pendant les Trente Glorieuses jusqu’au début des années 1970, mais depuis une quarantaine d’années, il peine à évoluer pour s’adapter aux modifications de l’environnement économique. La taille de l’Etat et le poids du secteur public ne sont plus des atouts, d’autant plus s’ils détournent des ressources de l’investissement productif ou s’ils alourdissent la vie économique.

Il y a quelques temps, les économistes du Conseil d’Analyse Economique ont été interrogés pour engager un exercice de prospective sous le nom « France 2025 ». Leurs discussions ont pris la forme d’un rapport présenté à Eric Besson – alors secrétaire d’Etat chargé de la Prospective – en Juillet 2008. Ce sont les conclusions de ce rapport que nous reprenons aujourd’hui.

Les scénarii pour l’évolution économique de la France

3 scénarii semblent se dégager de cette analyse approfondie de la situation économique future de la France :

Le fil de l’eau : un scénario tendanciel avec risques de marginalisation et d’appauvrissement, sur fonds de tensions sociales

Le repli sur soi : une réaction anti-globalisation, anti-inégalités, anti-réformes avec une identité nationale réaffirmée

L’acceptation du changement : un véritable changement générationnel et un nouvel esprit entrepreneurial

Ce sont ces scénarii qui sont repris dans les différents domaines de notre analyse.

Le contexte international

La crise économique et financière qui sévit actuellement en Europe et touchera également les Etats-Unis pour des raisons similaires pourrait constituer un facteur d’instabilité qui pourrait conduire à un retour des réflexes protectionnistes. Un tel comportement plomberait durablement la croissance mondiale.

Les tensions sur les matières premières peuvent également faire craindre des risques de rareté qui se porteront notamment sur les prix. Les énergies alternatives pourraient également prendre le relais au sein des Etats les plus concernés, y compris l’énergie nucléaire qui constitue le point fort de la technologie française.

Puisque près d’un tiers de la production française est exporté, il paraît difficile de la voir envisager une stratégie autonome. Elle pourrait donc trouver un avantage dans un approfondissement de l’Europe.

 

La démographie

La démographie pèsera inévitablement dans la balance des décisions économiques. La croissance économique paraît compromise dans la mesure où le triptyque actuel – droits à la retraite – taux d’activité des seniors – immigration est voué à l’échec. Le modèle de société est à revoir et il faudra prendre des décisions douloureuses.

Nous l’avons vu précédemment, la France dispose d’atouts qui en faisaient une économie prospère. Elle ne devra néanmoins pas rater les opportunités technologiques qui s’ouvrent pour les prochaines années car elle va se trouver  de plus en plus concurrencée sur ses niches traditionnellement fortes. Son succès dépendra surtout de sa capacité à mettre en œuvre ses réformes en se détachant du modèle socio-économique hérité du passé.

Les facteurs de croissance à long terme

Les facteurs de croissance à long terme concernent généralement la formation des hommes, l’innovation, le fonctionnement des marchés et l’efficacité de l’action publique.

L’endettement public ayant déjà dépassé le seuil de soutenabilité, les marges de manœuvre sont réduites.

Il faudra très certainement redéfinir le périmètre de l’action publique et ses moyens afin de redéployer des ressources vers la mise en place de coopérations enseignement supérieur – recherche – entreprises.

L’avenir des entreprises françaises

L’enjeu pour ces entreprises consistera très certainement  à ne pas rester engluées dans des marchés destinés à être investis par le nouveaux pays industriels.

Il reste en effet du potentiel dans des secteurs nouveaux à condition d’être en veille et d’y mettre les moyens d’innovation et de prospection.

L’exemple allemand montre que cet effort doit également reposer sur les PME françaises qui ont la souplesse et l’agilité nécessaires pour cibler de nouveaux besoins et les satisfaire.

Le rôle de l’Etat

Confronté à une situation désastreuse de ses finances publiques, il doit retrouver de nouvelles ambitions et repartir. Dans le cas contraire, ce sont le discrédit et l’impuissance qui le guettent.

Un Etat resserré peut aussi être un Etat efficace. Cela devrait donc entrainer une réforme en profondeur de sa gouvernance et du management public.

Les comportements et les normes sociales

Difficile de réaliser un exercice de prospective économique sans aborder ce thème. L’un des effets de la mondialisation et du progrès technique est de menacer l’emploi.

Dans un pays inquiet comme la France, ceci peut engendrer une certaine crispation sur des évolutions qui seraient dictées par des normes issues de l’Union Européenne ou d’une gouvernance mondiale.

La France hésitera très certainement entre un scénario valorisant la prise de risque, l’entrepreneuriat, et un autre pour lequel les acteurs privés se verraient confier la définition des règles dans le domaine économique.

Il y a fort à parier que se posera alors la question des inégalités, un sujet récurrent du débat public en France.

L’un des défis majeurs concernera notamment l’offre de logement, le parc existant nécessitant d’être rénové ainsi que l’accès à ce dernier. L’occasion sans doute de redensifier les villes et de lutter contre l’étalement et la pollution.